Création

APPARITION

Depuis ta disparition


La saison déplie ses poupées de papiers
habillées 2D en femme d'un coup
par-dessus leurs pelures d'enfants
décapite leur candeur à chaque feu rouge

Je les regarde s'éteindre
à l'horizon du stade
en même temps que le le Dairy Queen


Je reste de la horde d'à côté

Femme anamorphe
privée de panache
de celles qui marchent sans se voir
occupent les racoins
se grattent et crépitent
avancent disloquées
allument leurs membres fantômes
à même le crépuscule

La saison me déplie chaque jour au parc
transparente le sourire cordé
à côté des autres mères de famille
nucléaire
un chiwawa à la place du coeur
qui chicane, persiste et chouine
Il faudrait que j'apparaisse quelque part 

À l'orée d'une ruelle verte
que je déboule la coulée
jusqu'au coeur humide de novembre
que je sorte de terre désembaumée
au beau milieu de février
que je rampe
jusqu'à la fracture du fleuve
sourde
plonger dans la fissure
plier ce corps limite 
jusqu'au craquement plastique
voir sa lumière




Mes robes de chair ne me font plus
elles gisent
me suivent
ombres filtrées par la canicule
dans la saison immobile

Je flotte comme une sainte 
dépareillée dans les rues d'Hochelaga
à l'heure où 
plus personne ne croit aux miracles
me balance aux portes ouvertes
furtive dans le corridor
mon visage déposé
sur les murs stroboscopes

Sainte-Cathode apparaissant aux petits enfants

Il faudrait me tremper dans la térébenthine
Flambant neuve
rallumer mes cheveux
chercher en mon centre
le bijou ardent des statues

Comme ça 
je pourrais courir jusqu'à la station essence

Je m'élèverais au-dessus du St-Laurent
lumineuse et aurorifiée
déposerais mes yeux dans le ciel 
comme deux boules de Noël


Depuis ta disparition
 je creuse 
ravine le sens des rues

Il faudrait tirer ton corps de l'asphalte
tenir encore ta main d'été
et rentrer tranquille
à la maison

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